Fantasmagories, Anne Malherbe, 2009 Galerie Iragui Moscou
 

Un premier regard sur les peintures de Karine Hoffman et celles d’Abel Pradalié révèle leur appartenance à deux écoles opposées : celles de Karine Hoffman relèveraient plutôt de l’expressionnisme, défini par le traitement gestuel de la couleur, l’épaisseur de la pâte, les formes mouvantes. Celles d’Abel Pradalié imposent une élégance plus classique : netteté des contours et clarté de la composition. Certes, l’histoire de l’art a fait, pendant des siècles et jusqu’à aujourd’hui, se côtoyer et rivaliser ces deux courants. Pourtant, au-delà des aspects purement formels, et si l’on considère d’abord leur démarche, ces deux artistes se rejoignent dans leur manière de créer leur univers propre. En effet, comme d’autres peintres français de leur génération ou comme d’autres artistes (internationaux) de la génération qui les précède (Peter Doig, Valérie Favre, Neo Rauch, Luc Tuymans, ) ils placent, au début de leur processus de création, des images et des motifs issus de sources variées (photographies, coupures de journaux, peintures anciennes). Trouvés par hasard, ceux-ci éveillent des échos particuliers dans leur imaginaire personnel. Partant de là, leur peinture ouvre une brèche dans la continuité des choses visibles. De nouvelles relations s’établissent entre les choses, auxquelles le médium pictural apporte le liant nécessaire. Chacun procède alors à sa manière. Abel Pradalié, dans une série d’oeuvre qui fait référence aux Métamorphoses d’Ovide, associe des figures comme on enfile des perles ; il en résulte des sortes de collages fantasmagoriques : chaque composition, agencée comme un rébus et truffée de clés de lecture, est une énigme visuelle sans solution définitive. Karine Hoffman, quant à elle, nous prend par la main dans des sous-bois et des paysages obscurs et nous met nez à nez avec des situations inattendues : peut-être s’agit-il d’indices prouvant l’existence d’une réalité autre ou bien de deux narrations distinctes qui seraient entrées en collision. La peinture de ces deux artistes se présente alors comme une porte ouverte sur des passages secrets.